Les choses vont enfin bouger pour les plagiocéphalies (= tête plate des bébés). Actuellement, il n’existe aucun document officiel français sur les plagiocéphalies et les parents se trouvent pour la plupart complètement démunis lorsque leur enfant présente une déformation positionnelle du crâne.

Certains des parents qui m’amènent leur bébé pour plagiocéphalie se sont vu entendre dire que : “ce n’est pas grave”, que “ce n’est qu’esthétique”, que “les cheveux pousseront et cacheront l’asymétrie ou le méplat du crâne”… Oui, certains enfants auront une amélioration spontanée de la forme du crâne (selon le degré de la déformation et le degré d’asymétrie), mais pas tous. D’où l’intrerêt de prendre en considération les effets de la campagne du dodo sur le dos (en prévention de la mort subite du nourrisson) sur le crâne des bébés et d’informer tant les professionnels que les parents sur la prévention, le traitement et les conséquences des plagiocéphalies.

Évolution du pourcentage des plagiocéphalies en fonction de l'âge. Cliquez sur l'image pour accéder à l'article.
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Pourquoi est-ce important de prendre en considération les plagiocéphalies positionnelles

Il m’est arrivé de voir en premier rendez-vous des enfants présentant des plagiocéphalies sévères (nécessitant un traitement par orthèse crânienne) tardivement car il leur avait été dit que le crâne se “remettrait tout seul”, mais l’amélioration spontanée attendue n’avait pas eu lieu. Pour ces enfants, il y a un risque de “perte de chance” d’amélioration si on attend passivement le rétablissement de la déformation du crâne : plus le traitement est mis en place tôt et plus celui-ci est efficace (et inversement).

J’ai remarqué aussi que les parents peinent à trouver des informations sur la plagiocéphalie, ses conséquences possibles et les traitements qui peuvent être mis en place. J’avais donc écrit un article de fond sur le sujet en 2014 : “La plagiocéphalie positionnelle”.

Conséquences des plagiocéphalies positionnelles. Cliquez sur l'image pour accéder à l'article.
Conséquences des plagiocéphalies positionnelles. Cliquez sur l'image pour accéder à l'article.

Une information claire aux parents, l’établissement d’un protocole de prise en charge médical pour les profesionnels, une information sur la prévention des plagiocéphalies positionnelles sont donc nécessaires (ils font actuellement défaut) pour éviter de voir des enfants présentant des déformations positionnelles du crâne qui auraient pu être prévenues ou traitées à temps et qui ne l’ont pas été.

La plagiocéphalie positionnelle au programme de travail de la HAS

Mais les choses vont enfin bouger grâce à l’association Le LIEN, qui a saisi la HAS (le 4 avril 2017, journée mondiale de la plagiocéphalie) justement sur l’augmentation des plagiocéphalies depuis la campagne du dodo sur le dos (cette campagne a permis une réduction de 75% de mort subite du nourrisson). La HAS a donc demandé à ce que des documents à destination des professionnels et du public soient créés 1 : “une fiche mémo destinée aux professionnels de santé ; un document d’information destiné au public” et rappelle que les plagiocéphalies positionnelles peuvent être à l’origine de “complications mécaniques, sur le plan maxillo-facial ou cervico-brachial, voire cognitives” 1.

La HAS estime donc nécessaire “de mettre en place une évaluation médicale de cette situation pour qu’évoluent les recommandations destinées à lutter contre la mort inattendue du nourrisson tout en veillant à ne pas créer d’autres troubles contraires au bon développement de ceux-ci” 1.

Actuellement, les recommandations officielles de la prévention de la mort subite du nourrisson portent, entre autres, sur le mode de couchage des enfants :

Mettre les nourrissons sur le dos pour tous les moments de sommeil. Le couchage sur le côté n’est pas aussi sûr que le couchage sur le dos et n’est pas recommandé. En effet, cette position est potentiellement instable et facilite un retournement ventral. Les dispositifs de maintien peuvent s’avérer dangereux, notamment les coussins de positionnement de la tête, vendus pour prévenir l’aplatissement de l’arrière de la tête (plagiocéphalie), parfois observé du fait du couchage sur le dos (mais habituellement réversible avec l’âge). Vers l’âge de 4 mois, le nourrisson couché sur le dos peut néanmoins se retourner sur le ventre, se mettant alors dans la position plus à risque. Il est reconnu qu’un certain nombre de décès sont liés à ces premiers retournements alors que l’enfant n’a pas encore suffisamment de tonus cervical pour dégager lui-même ses voies aériennes pour respirer ; c’est pourquoi, les campagnes classiques en faveur du couchage sur le dos encouragent, à cet âge charnière, la position ventrale pour le jeu pendant l’éveil pour favoriser l’acquisition d’un bon tonus cervical, ainsi que d’alterner la position de la tête lors du coucher (tournée à droite, puis à gauche). 2

En tant qu’ostéopathe, j’espère sincèrement que :

  • les plagiocéphalies positionnelles seront prises en considération par la médecine non plus comme un simple problème esthétique,
  • les orthèses crâniennes (traitement par casque des plagiocéphalies) seront prises en charge par la sécurité sociale. En effet, leur prix prohibitif crée une inégalité entre les enfants dont les parents peuvent payer un tel traitement et les autres, ces derniers risquant de ne pas bénéficier de ce traitement alors qu’ils en auraient besoin. D’ailleurs, leur prix devrait être encadré.

S’informer sur les plagiocéphalies positionnelles

Sources